Mammaiut

Le jeudi 23 octobre 2008 vers 16h30, un hélicoptère militaire italien HH-3F, spécialisé dans les missions de recherche et de secours au combat, s’est écrasé près de Lisle-en-Barrois (Meuse). Parti de sa base en Italie, il se rendait, avec un autre appareil du même type, en Belgique pour participer à des manœuvres. L’accident s’est produit dans un champ. Les huit occupants de l’hélicoptère ont été tués. Les conditions météorologiques étaient excellentes. La chute du HH-3F est manifestement due à la rupture en vol d’une des pales du rotor principal de l’appareil.

J’ai la chance de n’appartenir ou de ne représenter, ni de près, ni de loin, aucune autorité administrative ou politique française. C’est donc en totale liberté que je peux faire référence à un texte de la Bible que j’aime beaucoup et que je vous propose de partager.

Il s’agit d’un proverbe (prov. 17.17) :

L’ami aime en tout temps, Et dans le malheur il se montre un frère.

Je ne sais comment cela se dit en italien. En français, on trouvera plusieurs traductions. Ainsi, on lit aussi : L’ami aime en tout temps, et un frère est né pour la détresse ou  encore : l’intime ami aime en tout temps, et il naîtra [comme] un frère dans la détresse.

Du malheur, naissent donc des frères. Des frères en humanité.

Cet hélicoptère n’est pas tombé nulle part.

Cet hélicoptère est tombé en cette terre de Meuse qui sait, bien plus qu’à son tour, ce que signifie venir de loin et mourir ici. Il suffit de sillonner les routes de ce pays pour s’en convaincre, tant la mémoire y est vive.

Les militaires savent aussi ce qu’est un frère. Un frère d’armes.

Cet hélicoptère, et celui qui l’accompagnait, partis tous deux d’Italie, se rendaient en Belgique pour participer à un exercice commun.

Le militaire à cette particularité qui le sépare des autres professions qu’il ne fait que rarement son métier.

Le boulanger fait du pain chaque jour. Le coiffeur coiffe chaque jour, comme le banquier, l’instituteur. Quelque soit notre métier, nous le faisons chaque jour.

Le militaire lui s’entraîne la plupart du temps. Il se tient prêt. Et cet entraînement est bien différent des formations que nous pouvons connaître par ailleurs. Il s’agit pour le lui d’éprouver, de faire l’expérience de ce qui est presque impossible à simuler : la puissance réelle de son armement ou la volonté farouche de l’adversaire d’attaquer ou  de défendre.

En effet, la réalité du combat se situe au-delà des mots. La vérité échappe sitôt que l’on cherche à la décrire.

Cette expérience indicible crée un lien qui dépasse l’espace et le temps.

Ce lien qui fait que deux soldats se reconnaissent bien qu’ils en se soit jamais vu. Quelque soit l’uniforme, parfois même ceux qui se sont combattus.

Mais les soldats reviennent malgré tout dans le monde des mots. Et ces mots racontent souvent des choses simples bien loin des grandes idées. Ce qui s’impose ce sont des phrases comme « protéger les copains » ou « ils l’auraient fait à ma place ». C’est la confiance éprouvée qui permet d’affronter de tels périls. A cette confiance répond une promesse, celle de ne pas les laisser seuls.

La mission principale de l’unité est d’accomplir une part de cette promesse. La mission est nommée C-SAR pour Combat – Search and Rescue (Recherche et sauvetage au combat). Au péril de leur vie, ces hommes et femmes s’envolent pour rechercher et secourir les pilotes et équipage d’un avion abattu et qui sont sous la menace de l’ennemi.

Et c’était pour se préparer, encore et toujours, à cette mission que ces hélicoptères se rendait en Belgique ce jeudi 23 octobre 2008.

Nous avons des explications possibles de ce drame mais nous ne saurons jamais rien de leur derniers instants.

Ils ne peuvent venir vers nous pour nous le dire. Comment pourrions nous même le comprendre ? Notre quête par l’imaginaire serait vaine.

En revanche, nous pouvons faire un pas vers eux. Et c’est ce pas que je nous propose de faire.

Comme dit le poète, la mort est toujours jeune. Chacun meurt toujours pour la première fois.

La solitude de ce moment est indépassable. Seules nos certitudes nous accompagnent.

La certitude de son dévouement, de son engagement, de sa mission et de sa passion.

Mais aussi la certitude de l’amour d’une mère et, à travers elle, de ses frères. Ses frères d’armes évidemment mais aussi de ceux, nés du malheur.

Ces frères qui sont tombés ce jour funeste mais aussi tous ceux qui se sont levés ce jour-là, et pour les années suivantes, et qui ont répondu à cet appel au secours qui résonne comme une injonction folle :

Aiutami mamma !

Mammaiut !

Maman, aide-moi !

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