… sauf qu’on n’y voit rien !

Nous allons parler appontage aujourd’hui.

C’est un sujet âpre pour le non-initié, qui oscille entre admiration béate et « so what ? ».

Il y a évidemment la maestria du pilote et si c’est ce qui vous intéresse, j’en ai parlé ici.

Non, je vais vous parler d’une voix.

Une voix à la fois douce et tranchante, comme la lame d’un couteau qui glisse sur votre peau, celle de l’Officier d’appontage (OA).

L’OA est un ancien pilote d’aéronavale qui met son expérience au profit des suivants en les guidant sans cette phase de vol si dangereuse.

Je précise dès à présent que le visionnage des vidéos, avec le son, est nécessaire à la compréhension de ce billet. Si vous n’êtes pas dans de bonnes conditions techniques ou si votre environnement ne vous permet pas de les voir confortablement, représentez-vous à l’approche !

Vous connaissez certainement le timbre de cette voix sans le savoir.

Elle apparaît dans une scène parfaitement irréaliste (la seule?) du film Top Gun. On est au tout début du film et, suite à une rencontre avec les Mig’s, Cougar est dans le cirage et ‘Maverick and Goose’, nos héros, volent à son secours. Leur arme, la voix (Voir à partir de 2’00).

On entend aussi la voix des OA qui ordonnent d’abandonner l’approche. Cougar se pose malgré tout. Sa carrière aussi…

Naaaaaan, mais c’est un bon film de divertissement !

Dans la réalité, filmé depuis le balcon par des personnels certainement au repos, l’appontage d’un Rafale se déroule plutôt comme ça :

Il s’agit manifestement d’un vol de qualification.

Pour l’appontage, l’opération se déroule au moins en trois temps :

  • Une approche interrompue train sorti mais sans la crosse,
  • Une approche avec contact sur le pont (touch and go) toujours sans la crosse,
  • Une approche avec train et crosse sortis, un appontage.

Ci-dessous un exemple de vol de qualification sans parole.

L’officier d’appontage valide chaque étape. Si ça ne va pas, vous recommencez. Si vraiment, ça va pas, fin de partie.

Le rugissement final des moteurs est dû au fait que l’avion se pose gaz à fond.

Pourquoi ?

Si pour une raison quelconque, la crosse d’appontage n’attrape pas le câble, l’avion doit repartir. Le pilote n’a pas le temps de s’assurer d’avoir ou non pris le brin pour mettre les gaz. Ce serait trop tard. Les gaz sont donc mis à fond dès le contact avec le pont, brin pris avec la crosse ou non. En revanche, dès que le pilote ressent la décélération, il met les moteurs au ralenti. Ceci explique la chute brutale du bruit en toute fin de vidéo.

Sur le Charles de Gaule, il y a 3 brins d’arrêt, numérotés depuis l’arrêt du navire, et donc par ordre d’entrée en scène, 1, 2 et 3.

Le brin à attraper est le n°2, et cette injonction n’est pas qu’esthétique.

On le comprend bien, la priorité de ce type d’opération est la sécurité. Or poser un Rafale une fois est à la portée de beaucoup. Cent fois sans accident, c’est un métier.

Pour ceux que la technique ne rebute pas et que le souci d’authenticité titille, lire ici, surtout pour la sécurité, ou , deux témoignages argumentés.

Revenons dans un Rafale avec une approche de jour, beau temps, et muette.

Mais selon un adage répandu, l’appontage de nuit, c’est comme de jour, sauf qu’on n’y voit rien.

Vous êtes dans un Rafale, de nuit, avec les voix.

– (bateau) Sur l’axe, 500 pieds, top !

(le Bingo dans un carré qui apparaît annonce certainement un niveau bas de carburant ; Bingo Fuel est l’annonce qu’il reste juste assez de carburant pour rentrer)

– (bateau) Sur l’axe, 400 pieds, top !

(la vitesse oscille entre 130 et 140 nœuds, soit 240 à 260 km/h)

– (bateau) 1 nautique, 350 pieds, top, annoncez miroir.

(le pilote doit annoncé qu’il voit bien le miroir d’approche, un système d’aide visuelle à l’appontage

– (pilote) Zéro-deux, 23, OK.

(23 = 2300 livres de carburant).

L’officier d’appontage annonce :

– 28 nœuds.

(Environ 52 km/h, vitesse sur vent sur le pont)

– (OA) Soutiens le nez.

– (OA) Soutiens le nez. (plus ferme)

– (OA) Lève le nez maintenant.

(l’avion est à 130 nœuds, vitesse très faible pour un tel avion, et ces trois instructions invite le pilote à ne pas céder à la tentation de laisser l’avion descendre trop vite pour maintenir sa vitesse, le risque serait alors de venir percuter l’arrière du pont)

– (OA) Lève le nez doucement.

(le risque est de corriger trop fort et de perdre sa vitesse, une erreur de débutant)

Ce n’est qu’à ce moment que le pont apparaît à l’écran.

La voix de l’OA est presque mystique. Elle est le lien avec le réel alors que toutes vos sensations vous trompent. Elle est le lien avec la vie alors que tout est là pour votre mort.

Éric Bishop ne pensait pas aux OA quand il a demandé à Éric Cantona quel était le plus beau but de sa carrière.

Et celui-ci non plus quand il lui a répondu :

Mon plus beau but ? C’était une passe !

Je pense que tout OA comprendra cette phrase et sa place ici. Peut-être que vous aussi maintenant.

Si j’osais :

Mon plus bel appontage ? C’était une voix dans la nuit !

 

Ce billet est dédié à Elsa Chapelier, une voix dans ma nuit.

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