Sables émouvants

Le sable est un matériau granulaire. Ses propriétés physiques font qu’il se comporte tantôt comme un solide, tantôt comme un liquide.

Ce même sable est devenu, ces derniers jours, le théâtre d’une bien étrange pièce autour  d’un vêtement de baignade : le « Burkini ».

Le début de cet été 2016 avait déjà été marqué par le succès d’un autre mot-valise : le « Brexit ».

Ces deux mots partagent d’être des fabrications à visée marketing.

Le Brexit, (mot composé des première lettres du mot Britain, « Grande-Bretagne », et du mot exit, « sortie ») signifie la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

J’ignore l’origine exacte de ce mot mais sont principal effet a été que chacun s’est finalement positionné pour ou contre le Brexit. Ses opposants ont bien tenté un jeu de mot sur REMAIN (mot signifiant « rester » et incluant in, « dedans » et signifiant « rester dedans ») mais sans grand succès, la campagne ayant tourné autour des pro-Brexit ou des anti-Brexit. Ce terme a permis l’agrégat de mouvements politiques disparates mais a également fracturé les principaux partis de gouvernement.

Le mot Burkini est également un mot-valise, fabrication composée de « burq », pour burqa, du suffixe « -kini » que l’on retrouve dans d’autres mots comme « monokini » ou « microkini ». Le fait d’associer ce suffixe -kini à maillot de bain vient de « bikini » qui ne signifie pas 2-kini, bien que s’agissant d’un maillot deux pièces, mais vient du nom d’un atoll (les opticiens…).

Comme pour le Brexit, et en vue d’une élection importante et dans un contexte de peurs, le débat politique s’axe, en cette fin d’été, autour de ce curieux objet du désir.

  • La tentation du nihil…

Certains maires ont pris des arrêtés d’interdiction. Pour la plupart, ils interdisent, pour des motifs de risques pour l’ordre public et compte tenu du contexte terrorisé, l’accès aux plages et la baignade « à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime (voire « balnéaire » dans certains arrêtés, au sens littoral… du terme ?). »

Avec une efficacité que l’on a déjà vu, comme ici par exemple :

Comme dans les sables mouvants, on s’enfonce. Et plus on bouge, plus on s’enfonce…

Le Conseil d’Etat vient de renvoyer ce petit monde à ses chères études.

Une des traductions politiques qui tente de se saisir du raidissement de la société française -comment pourrait-il en être autrement ?- par un biais qui se qualifie lui-même d’identitaire.

Identité : (n., f.) (du bas latin identitas, -atis, du latin classique idem, le même) caractère permanent de quelqu’un, d’un groupe, qui fait son individualité, sa singularité.

L’identité est un objet politique à la fois curieux et dangereux.

  • L’identité curieuse

Si j’étais provocateur, je dirais que : l’identité est un matériau granulaire. Ses propriétés physiques font qu’elle se comporte tantôt comme un solide, tantôt comme un liquide.

Tour à tour, sont invoqués, comme autant d’incantations, la laïcité, les racines chrétiennes de la France, la radicalité nécessaire… plus sûrement un état de panique morale.

Comme j’ai pu le commettre en d’autres temps, la France n’est pas grand chose d’autre qu’un Etat et son administration.

La préservation de celui-ci, son instinct de survie, nous a conduit collectivement à être, selon les besoins de l’époque, catholiques puis anticléricaux, royalistes puis républicains, légitimistes ou révolutionnaires.

En revanche, collectivement toujours, nous ne sommes, ni chrétiens, ni démocrates ce qui explique largement l’histoire ahurissante évoquée plus haut, mais aussi l’Histoire ahurissante (?) évoquée plus haut.

La conséquence de tout cela est que nous ne savons pas traiter avec des entités, des formes d’organisation non-étatiques (entreprises, associations, groupes). Or le monde qui s’ouvre à nous est rude pour les Etats.

Les Etats voient disparaître, jour après jour, leurs outils de puissance et d’action. Ils sont des acteurs, parmi d’autres.

Les plus évidents sont la monnaie. Les Etats n’aurons bientôt plus le monopole de la garantie de celle-ci. La dernière étape sera, paradoxalement ils sont persuadés du contraire, sa dématérialisation totale.

Les Etats n’ont plus la maîtrise des technologies ni des investissements.

Les Etats n’ont plus de citoyens. Ce qui en France est bien plus grave qu’ailleurs car, vous l’avez compris, nous ne sommes rien d’autre. Nos amis anglais, par exemple, sont à la fois sujets de Sa Majesté et pragmatiques.

Prenez chaque éléments et vous verrez, c’est amusant.

Ainsi, la démocratie libérale est attaquée dans son principe même. Le choix, s’il existe, se fait entre la tentation d’une démocratie illibérale et le libéralisme non-démocratique déjà en action (Voir ici à ce sujet l’excellent article de Yascha Mounk, Trouveur à l’université de Harvard, c’est brillant !).

Vous trouverez facilement qui ranger et où.

  • L’identité dangereuse

Nous ne sommes qu’un Etat et les dernières nouvelles ne sont pas bonnes : rien n’est moins stable que l’identité.

Paul Ricoeur, philosophe, a défini la démocratie ainsi :

Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt et qui se fixe comme modalité, d’associer à parts égales, chaque citoyen dans :

– l’expression de ces contradictions,

– l’analyse de ces contradictions

– et la mise en délibération de ces contradictions,

en vue d’arriver à un arbitrage.

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Une réflexion sur « Sables émouvants »

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