… KNOWN BUT TO GOD

L’Histoire, c’est de la géographie et des hommes.

Je viens de passer 3 jours avec ma fille (10 ans) en Normandie, sur les plages du Débarquement.

Avant ce séjour, je me suis naturellement renseigné sur les cheminements possibles, les lieux à voir. Je suis tombé sur plusieurs sites dédiés et sur de nombreux blogs décrivant les périples envisageables.

La plupart de ces sources proposent de commencer par le Mémorial de Caen (qui est incontournable, nous y reviendrons) puis de visiter quelques lieux dont Arromanches.

C’est tout naturellement que j’ai décidé de faire très précisément le contraire.

En effet, l’approche généralement retenue m’apparaît bien trop scolaire. Le côté : « Je vous raconte tout ici mais, si après, vous voulez voir une plage ou quelques blocs de béton dans l’eau, libre à vous… » me semble pas être très intéressante et, pour tout dire, parfaitement anti-pédagogique.

J’avais donc choisi de privilégier mes enseignements militaires à ceux de la faculté en appliquant ce mot-d’ordre résumé en un sigle, les 3 T : le terrain, le terrain, le terrain !

Commencer par les lieux, voir les sites, se rendre compte physiquement des terrains marqués par les affrontements, la taille des plages, des batteries. Nous aurions tout le temps de recoller tous ces morceaux dans « le cours des événements ».

Le parcours s’est donc construit de la façon suivante. Deux nuits dans un lieu plutôt central, Bayeux. Une entame par l’ouest, Sainte-Mère-Eglise puis, une marche vers l’est pour finir par Caen.

Le programme fût donc le suivant :

DAY1 (après-midi)

  • Sainte-Mère-Eglise
  • Airborne Museum
  • Utah beach
  • La pointe du Hoc

DAY2

  • Le cimetière américain de Colleville-sur-Mer
  • Omaha beach
  • La batterie de Longues-sur-Mer
  • Arromanches
  • Pegasus bridge

DAY3 (matin)

  • Mémorial de Caen

Je précise immédiatement que nous n’avons pas tout vu et le parcours présenté n’a que la vocation d’être un exemple que ce qui peut être fait. J’ajoute qu’un souci constant a été de concilier l’intérêt historique pour l’adulte d’une part avec l’enfant d’autre part.

Mais entrons dans le détail.

DAY 1 

Cette journée est dédiée à l’immersion, à saisir les débarquements proprement dits des autres opérations concomitantes (parachutages, coups de main).

Notre départ matinal depuis l’Île de France nous permet d’arriver à midi à Sainte-Mère-Eglise. Un grand parking à proximité immédiate du centre du bourg permet une approche à pied aisée. Nos Sandwiches avalés, direction la place devant l’église au clocher de laquelle est accroché un mannequin et son parachute.

Cette mise en scène évoque une anecdote célèbre de la prise de cette zone par les troupes aéroportées américaines.

L’Airborne museum est à voir. Sa visite est, somme toute assez rapide mais c’est un lieu très bien pensé, très agréable. Il se compose de plusieurs pavillons qui mettent en scène un DC-3 et un planeur WACO conservés avec un grand souci des détails et de la mise en scène. Un autre propose une exposition temporaire et je ne vous dirai rien du dernier (faut que ça reste une surprise).

Le tout permet de se figurer comment, malgré la désorganisation initiale, les différentes unités ont pu mener leurs missions à bien.

Une immersion très réussie dans l’époque et dans les événements.

A quelques kilomètres de là, Utah beach.

A notre arrivée, la marée est basse et montre bien l’étendue découverte à ce moment. Ma fille ne résiste pas à tentation de la trempette. J’en profite pour admirer le monument commémoratif érigé à proximité immédiate. Le musée sera pour une prochaine fois.

La baignade terminée, transfert vers les falaises…

La Pointe du Hoc est un autre haut lieu du Débarquement. Une autre petite histoire au cœur de la Grande.

L’accès est là encore facilité par une organisation des parkings sans faille. La visite par le haut des falaises, la seule qui soit aisée, permet mal de mesurer la trentaine de mètres d’à-pic que les Ranger ont dû escalader sous le feu. Pourtant, les cratères d’obus et les impacts de balle qui constellent les murs des blockhaus trahissent la férocité des combats et on mesure pourquoi 60% de ces Ranger furent mis hors combat sur celle seule action.

En quittant la Pointe du Hoc, nous avions largement le temps d’aller à Colleville-sur-Mer. Toutefois, la journée avait déjà été longue et il avait fait très chaud. Nous décidons de rentrer directement à Bayeux pour un repos et un dîner mérités.

DAY2

Je me suis longtemps interrogé sur le fait de me rendre au Cimetière militaire américain de Colleville-sur-Mer et, si oui, comment l’amener à une enfant de 10 ans.

Rapidement, je suis décidé à y aller. Il me semble nécessaire de mesurer, même à cet âge, que des gens sont venus de loin et sont morts ici. Autant il me paraîtrait idiot de ne venir qu’ici (cela n’aurait aucun sens), autant je ne voyais pas de raison de l’occulter.

Nous arrivons sur place pour l’ouverture à 9 h du matin. A cette heure, propice au recueillement, il n’y a quasiment personne et j’en suis fort aise. C’est une expérience très personnelle.

Depuis Bayeux, je ne saurais trop vous conseiller d’arriver par la D208. Cette route semble irréelle et prépare bien à la coupure d’avec la marche du monde. Arrivé à Colleville, vous veillerez seulement à tourner à gauche…

Une fois garés, l’approche à pied laisse deviner à travers la végétation le mémorial. Pour l’heure ce n’est pas ce qui m’intéresse. Nous le contournons au large, presque invisible donc et atteignons la table d’orientation qui présente les opérations et notamment celles d’Omaha, à proximité immédiate.

Derrière nous, une volée d’escalier est à gravir. Nous montons. Après quelques marches, nous sommes saisis. Des milliers de croix, blanches. Ma fille, à qui j’avais donné les consignes de respect et de silence, semble comprendre, tout à coup, à sa façon, qu’on est pas dans un lieu comme un autre. Nous avançons par l’allée centrale mais rapidement nous prenons une travée. Je ne souhaite pas ces personnes restent anonymes. Les premières croix défilent, un nom, une unité, un lieu (un état américain), une date de décès… Tout ceci devient vrai. L’Histoire percute le présent.

Ma fille s’arrête et demande, montrant une croix, ça veut dire quoi ça ?

HERE RESTS IN HONORED GLORY

A COMRADE IN ARMS

KNOWN BUT TO GOD

Je suis comme étranglé par l’émotion. Une larme que je ne peux retenir coule. J’ai l’index de la main droite posé sous le H comme pour commencer la lecture et la traduction mais aucun mot le sort. Pendant de longues secondes, je regarde au loin pour essayer de reprendre mes esprits. Comment lui dire qu’il y a le corps d’un homme, sous cette croix, qui n’a pas été identifié.

On ne sait pas qui c’est, finis-je par dire. Et de lui donner, d’une voix éteinte, une traduction plus ou moins comme celle-ci :  Ici repose honoré de gloire un camarade en armes connu seul de Dieu.

J’attire l’attention de ma fille sur le fait que cette tombe, comme plusieurs identiques autour de nous, sont fleuries d’une rose certainement une association ou quelque individu souhaitant honorer leur mémoire.

Nous reprenons l’allée centrale jusqu’à la chapelle. Je remarque alors que plusieurs personnes présentent en même temps que nous semblent venues pour une ou quelques tombes en particulier. D’autres semblent plus intéressés par la perfection absolue de l’entretien des espaces verts.

Nous aurons passés une heure sur place. Ce lieu est extraordinaire mais l’arrivée des premiers bus sonne pour nous l’heure du départ.

Direction Omaha beach !

Marée haute. Difficile de se rendre compte des combats ici. Ma fille a besoin de se détendre et souhaite de nouveau faire trempette. Là encore, je privilégie le social sur le formateur, le musée-mémorial d’Omaha sera pour une prochaine fois…

Je repense donc à la visite précédente l’œil rivé sur le monument commémoratif implanté à même la plage, « LES BRAVES ».

A la lecture des explications proposées, la symbolique invoquée est forte. Je reste toutefois hermétique « aux ailes » qui, selon moi, sont autant de sabres. Une dame déclare d’un ton définitif à son mari : C’est de l’art contemporain ! (une  façon pour elle de dire que c’est moche, j’imagine…)

L’exposition permanente de photos du site avant, pendant et depuis ce fameux jour m’apparaît très appropriée.

Direction la batterie allemande de Longues-sur-Mer.

Cette implantation a manifestement fait l’objet d’un soin tout particulier de l’artillerie navale alliée lors du Débarquement. Les armements toujours présents permettent ici aussi de prendre la mesure de ce que représente un canon de marine de 150 mm.

C’est un excellent complément à la Pointe du Hoc.

Une petite exposition sous une tente présente, en français seulement et c’est dommage, les travaux de fouille réalisés aux alentours.

Après un bon déjeuner dans la commune, direction Arromanches !

Le plus dur est de s’y garer. c’est de loin le site le plus pénible de ce point de vue. A l’époque de leur splendeur, ils chargeait un camion toutes les 5 à 7 secondes dans un ballet millimétré. Ces temps sont loin.

Mais tout est plus beau vu d’en-haut ! Le port artificiel (quelques blocs de bétons sont donc encore visibles), le musée dont la visite est remarquablement guidée et Arromanches 360 pour parfaire l’immersion… périscopique ?

Enfin, direction Bénouville et Le Café Gondrée, première maison de France continentale libérée dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, près de Pegasus Bridge pour un Coca bien mérité.

L’occasion de mettre à nouveau en avant l’action des parachutistes, en écho à Sainte-Mère-Eglise, pour clore cette étape.

Les différents déplacements ont permis de mettre, encore aujourd’hui, l’omni-présence des haies si caractéristiques du bocage normand et de la bataille féroce qui s’y est déroulée.

La fin de ce DAY 2 marque la fin de la partie « terrain » de ce séjour.

DAY 3

Nous sommes au Mémorial de Caen pour l’ouverture.

La visite est donc incontournable.

Ici encore, l’immersion est au programme et, grâce à un audio guide malin et adapté, enfants comme adultes suivent aisément.

Le Débarquement est présenté pour ce qu’il est ; une étape certes importante mais une étape seulement de la bataille de Normandie et de la seconde guerre mondiale.

Ma fille, grâce à la visite préalable des sites et de la région a pu m’expliquer simplement comment les choses s’étaient déroulées. A titre d’anecdote, nous avons y retrouvé la maquette d’une des batteries de Longues-sur-Mer mettant en scène personnages et matériel.

Un sandwich et il est déjà l’heure de rentrer.

Que retenir ?

Le premier point est que je ne regrette rien de mon option initiale et de mon programme. Seul ou avec des adultes, j’aurais sans doute pu voir les musées d’Utah et d’Omaha beach mais ces deux activités auraient clairement été en trop pour ma fille.

Privilégier les sites avant le Mémorial a fonctionné à plein. Aller sur site. Ressentir les lieux et les émotions avant de faire une synthèse, utile.

L’accueil est exceptionnel. La mémoire est ici vivante et les divers sites arrivent à concilier respect et fréquentation. Ici encore malheureusement, Arromanches se distingue, certainement du fait de l’afflux particulier lié à sa proximité avec Caen.

Dernier point : Faîtes-le.

En suivant ce plan ou un autre. Tout ou partie. Qu’importe. Faîtes-le.

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