Grippage A

J’ai souhaité tenir cette conférence de presse aujourd’hui, à l’occasion du lancement de la campagne vaccinale contre le nouveau virus A(H1N1) qui débute en ce moment dans les établissements de santé.

J’ai souhaité aussi que cette conférence de presse soit l’occasion de répondre aux questions que vous pouvez vous poser sur la vaccination.

(Lancement de la campagne de vaccination grippe A (H1/N1) dans les établissements de santé. Discours de Roselyne Bacchelot-Narquin. 20 octobre 2009)

  • La campagne

Près de 94 millions de doses ont été commandées en vue de 2 puis 1 seule injection pour l’ensemble de la population française. Un milliers de centres de vaccination a été mis en place et tenu par du personnel médecin et infirmier.

Or, en France, il y a 65 000 000 de gens, cela représente près de 180 000 par jour calendaire, soit 180 par centre. On disait à l’époque que le cycle de vaccination durait 10 minutes au moins, soit 1800 minutes = 30 heures (15 à 2 postes, 10 à 3, etc… en ne faisant que ça).

Ceci naturellement, en considérant que la campagne doivent durer une année. J’ai compris qu’elle devait durer 3 à 4 mois…

  • Bilan

A Noël 2009, environ 7% de la population est couverte. Les centres sont ouverts, quand ils sont ouverts. Vous avez reçu votre convocation?

Sur les 94 millions de doses commandées, 50 seront annulés et 19 détruits. Pour le succès de la revente, voir ici.

Si la pandémie s’était déclarée, on était à poil !

Il s’agit d’un des plus grands ratages de ces dernières années (je suis le plus mesuré possible un dimanche).

Il est vraiment dommage qu’au Ministère de la Santé, et ailleurs, on utilise souvent un langage volontiers guerrier (campagne, mobilisation, lutte contre la Grippe A, etc…) sans pousser plus avant les méthodes.

  • La guerre !

Carl von Clausewitz, penseur militaire, définit la guerre comme ceci:

« La guerre est un acte de violence dont l’objectif est de contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté »

Il s’agit donc de mettre en oeuvre des moyens et des hommes (des femmes) en vue de produire un effet essentiellement… managérial.

  • La campagne de vaccination contre la Grippe A : un échec inévitable

J’ai cherché un peu partout s’il y avait des travaux sérieux sur l’échec de cette opération. Je n’ai rien trouvé. Si vous en connaissez, la rubrique « commentaires » est ouverte.

Je crains qu’il y en ait pas…

Les raisons avancées ont été :

  1. que les médecins généralistes ont été écartés du dispositif à l’origine,
  2. que la Grippe A s’est dégonflée au fil des semaines,
  3. que les médias ont attisé les vieilles peurs anti-vaccinations,
  4. que le corps médical était divisé,
  5. que le gouvernement était déligitimé…

Certes, tout ceci est sans doute vrai, et d’autres encore, mais cela n’explique pas que l’on mette 400 millions d’€ en l’air.

Ces explications sont d’une niaiserie totale. La prochaine fois, s’il faut attendre que :

  1. que les médecins généralistes soit au coeur du dispositif à l’origine,
  2. que la maladie monte en puissance au fil des semaines,
  3. que les médias n’attise pas les vieilles peurs anti-vaccinations,
  4. que le corps médical soit uni,
  5. que le gouvernement soit crédible…

Autant que cette prochaine pandémie prenne rendez-vous !

L’objet de mon analyse n’est pas de savoir si les prévisions de l’épidémie étaient justes ou non. Je ne ferai pas l’injure à mes lecteurs d’avoir un regard rétrospectif à ce sujet. Mon avis est qu’on ne pouvait pas le savoir, on pouvait seulement craindre ou espérer.

Comme un scoop donc, voici les raisons de cet échec.

  • Le trompage d’adversaire : De la population en démocratie

La campagne contre la Grippe A devait avoir comme adversaire… la population. (vous le saviez, ceux dont il faut tordre la volonté)

La campagne a entièrement été tournée contre la Grippe A. Or, ça, c’est le boulot du vaccin!

Le vaccin n’agit que s’il est injecté dans la personne. Il nous faut donc:

  1. Un médecin (une infirmière)
  2. Une dose de vaccin
  3. un kit d’injection
  4. une personne
  5. Et les 4 premiers dans une même pièce

Or,

  1. les médecins et infirmières existent
  2. les doses (94 millions en commande)
  3. les kits se commandent aussi
  4. les personnes… aïe! Oui, vous savez, tous ces cons qui votent de temps en temps et qui ont pris l’habitude de ne pas faire ce qu’on leur demande.
  5. la pièce…

Hormis les vaccinistes béas et les réfractaires naturalistes, il y a « les gens ». Et les gens sont plus ou moins prudents. Ils sur- et sous-évaluent les risques, Ils jouent les forts mais quand ils ont peur, ils filent comme des agneaux et reproche à l’Etat de ne rien avoir déjà prévu. Bref, la routine.

(La phrase précédente vous économisera les millions d’€ en recherche sociologique)

C’est donc à cela, qu’il faut s’attaquer. les personnes, dans des pièces. Le plus simple, des personnes dans des pièces dans lesquelles elles vont et viennent déjà puis, en cas de coup dur, des pièces spéciales où elles viendront.

  • Je propose

Saisi d’un problème de ce type, et ne connaissant rien au sujet, voici comment j’aurais fait.

Mon analyse est que, compte tenu que la population n’avait pas peur de la Grippe A, on pouvait :

  • Dans un premier temps, jouer à fond sur les réseaux pré-existants dans lesquels les gens ont confiance (médecins généralistes, du travail ou autres) et là où les gens se trouvent (travail, écoles) pour protéger, en douce, une bonne part de la population. Les employeurs avaient par exemple tout intérêt à avoir un personnel non malade bien au-delà des personnels soignants. Deux ou trois reportages complaisants au 13h de TF1, et le tour est joué.
  • Dans un second temps, et sans trop communiquer dessus, préparer une action comme celle entreprise dans le cas où l’épidemie se déclenche pour faire face au flux des demandes d’une population affolée et se tenir prêt à remballer dans le cas contraire et étant prêt à cibler des territoires (en mettant les moyens là où ça se passe).
  • En toute hypothèse, avoir un objectif de couverture de la population réaliste compte tenu du timing.

(Oui, a 400 millions d’€, une action en deux temps et en gardant une capacité de manoeuvre, et sans raconter de conneries, peut être envisagée.)

il n’y a que des avantages à cette approche (à supposer les doses disponibles, mais sans doses, plus de problèmes…) :

  1. Le taux de couverture de la population augmente tout seul pour atteindre le taux habituel de la grippe saisonnière voire plus.
  2. Il ne se passe finalement rien et, moyennant les coûts liées à la préparation de la montée en puissance, on va pas plus loin.
  3. C’est l’horreur et la phase 2 du plan est déclenché sachant que la première phase agit comme facteur limitant.
  • Cela aurait il été efficace

On ne le saura jamais, mais face à ce qui s’est réellement passé, je pense que je ne serait pas passé pour un con, et face à une vraie épidémie non plus.

Pour les détails, on pourra débattre à longeur d’année, ce n’est pas important ici. Ce qui est important c’est l’approche proposée qui consiste à prendre le problème de façon très pragmatique et concrète.

  • Que retenir

De toutes les conversations avec les personnes sérieuses sur ces sujets, je retiens que, en cas de grande pandémie (ou autre affection contre la majeure partie de la population) personne ne sait ce qu’il faut faire. On ne sait ni ce dont on aura besoin, ni ce qui sera encore opérationnel.

On a de beaux plans de secours qui prévoient leur intervention, pas leur anéantissement.

On serait de toute façon incapable de donner à manger aux gens. En Ile de France, il n’y a à manger que pour trois jours au plus sans ravitaillement.

En revanche, pour des questions non moins ardues, et pour l’avenir, les réseaux évoqués plus haut doivent être recencés et (in)formés, des simulations mises en place et évaluées.

A défaut, on la rejouera pareil !

Le jour où la pandémie survient, tout est déjà joué.

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1 réflexion sur « Grippage A »

  1. Il y a en France une structure d’accueil médical au quotidien. En 2009 on a essayé d’en créer une, parallèle. Heureusement l’épidémie n’a pas été celle qu’on craignait de voir. N’est-ce pas le spectacle de la névrose du pouvoir? L’obsession sarkosiste: vade rétro, satana!

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